jeudi 26 décembre 2013

Conflits d’intérêts: le CSS doit cesser de faire l’autruche



Marianne s’étonne du ton et de la teneur du communiqué de presse du Conseil supérieur de la santé (CSS) qui frappe d’anathème notre article «Cigarette électronique: des experts en plein conflit d’intérêts?» (Marianne n°42-43, en kiosque jusqu’au 3 janvier 2014).

vendredi 20 décembre 2013

Cigarette électronique: des experts en plein conflit d’intérêts?

Depuis 2006, le Dr Nackaerts (KU Leuven) conseille Pfizer sur le Champix, un produit concurrent de l’e-cigarette. Photo: Belga
Deux des six experts qui ont signé le récent avis du Conseil supérieur de la santé réticent à l’e-cigarette ont été rémunérés par des firmes pharmaceutiques qui commercialisent des substituts à la cigarette, tels Champix ou Nicorette, ou de lucratifs médicaments contre le cancer du poumon. Un troisième expert est un ancien consultant de Philip Morris.

vendredi 13 décembre 2013

Feu vert ministériel au méga-hôpital de Liège, contre l’avis de l’administration

Avec le recours annoncé au Conseil d’Etat par la SA Lhonneux, la «clinique du MontLégia» n’est pas encore prête à sortir de terre...
Le ministre Philippe Henry a signé, ce vendredi, le permis unique pour la construction d’un méga-hôpital à Liège. Son administration lui avait pourtant recommandé de refuser le permis, ayant validé un recours introduit par une société exploitant une partie du site prévu pour le futur hôpital.

mercredi 4 décembre 2013

Passeports belges : accusations de « marché irrégulier »

Belga
Oberthur Technologies attaque l’Etat belge. Le 26 juillet dernier, la firme française qui produit les passeports belges depuis dix ans avait perdu un juteux contrat de 40 millions d’euros.

lundi 2 décembre 2013

Rachat du Standard: Speed Media mis à nu

Si, comme Marianne, il a consulté le registre des sociétés de Hong Kong, le président du Standard de Liège, Roland Duchâtelet, a dû bien rire (jaune). Photo: Belga.
Speed Media Limited, le prétendu fonds d’investissement de Hong Kong qui serait prêt à racheter le Standard de Liège pour 80 millions d’euros, est une coquille vide aux mains d’un obscur agent immobilier normand. Elle n’a jamais déposé de comptes annuels et son capital souscrit se monte à… 9,5 euros. Crédible?

mercredi 20 novembre 2013

L’enquête sur les flics de Jumet fait pschitt...

Belga
Tout ça pour ça… Pendant plus de deux ans, les enquêtes frappant l’entourage d’Elio Di Rupo ont été gênées par de sourdes accusations. Pour faire bref, «on» a tenté de faire passer pour des ripoux ces flics s’intéressant à Didier Bellens, Edmée De Groeve, Pierre Urbain et d’autres encore. Et voilà que ces graves accusations (on reprochait aux policiers d’avoir profité d’avantages indus) font pschitt: la chambre du conseil du tribunal correctionnel de Charleroi a décidé aujourd’hui d’éteindre les poursuites. Comme on pouvait s’y attendre dès le début de l’«affaire», il y a deux ans…

vendredi 8 novembre 2013

Un curieux marché public au CPAS de Bruxelles

Belga
Le président du CPAS de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS), a présidé le Conseil de l’action sociale du 19 décembre 2012 qui a attribué, dans les faits, un marché public à un employé du CPAS. Il reconnaît qu’«il y a eu un problème avec ce marché» et que le risque de délit d’initié était élevé. Mais rejette la responsabilité de ce fiasco sur son administration.

mercredi 23 octobre 2013

Des violences contre la police toujours plus inquiétantes


(c) Belga
En 2012, les violences et agressions à l’encontre de policiers ont augmenté de 10 %, rien
qu’en un an. Le phénomène prend de l’ampleur, notamment à Bruxelles, sans qu’il émeuve personne véritablement du côté politique. Pourtant, l’année dernière, un record a été atteint : 4 890 jours d’arrêt de travail à cause de ces faits de violence !
 

mercredi 16 octobre 2013

Le voilier de Didier Bellens fait des vagues à Nieuport


Didier Bellens, patron de Belgacom, sur son voilier, le Windrose, à Nieuport. Photo : Jef Boes.
Belgacom aurait sponsorisé le club de voile de Nieuport pour 100.000 euros en remerciement d’une place obtenue directement par Didier Bellens pour parquer son voilier dans la marina. L’opérateur détenu à 53,5% par l’Etat belge nie tout lien de cause à effet. Mais refuse de répondre à des questions simples qui permettraient de lever toute ambigüité.

La Belgique est un paradis judiciaire pour les corrupteurs, selon l’OCDE

Photo: Fabonthemoon / Flickr CC
Cadre supérieur dans une entreprise, vous envisagez de verser des pots-de-vin à un fonctionnaire étranger pour remporter un lucratif marché? Dormez sur vos deux oreilles: vous ne risquez rien, ou presque. La Belgique est un véritable paradis judiciaire en matière de corruption. C’est l’OCDE qui le dit, dans un rapport explosif à paraître ce jeudi.

jeudi 10 octobre 2013

Foot et politique, une petite histoire belge

Belga

A quelques heures de Belgique-Croatie, le match de qualification pour le Mondial brésilien, les Diables Rouges soulèvent l’espoir d’une espèce de nation, la Belgique. Dans leur sillage, le monde politique joue des coudes. La N-VA s’en embarrasse même, dit-on. Fait social total, le football est-il, en Belgique, en train de devenir un fait politique?

mardi 8 octobre 2013

Michel Moll soupçonné de blanchiment par la CTIF

DR
Commissions illégales déguisées en consultances anodines? Les 954.000 euros reçus par l’ex-président du CA de Belgacom de l’opérateur télécom chinois Huawei, pour des «conseils stratégiques», pourraient avoir été en partie blanchis par la société belge 2MConcept de Michel Moll. La cellule anti-blanchiment CTIF vient d’ouvrir une enquête en ce sens, sur fond de soupçons de corruption.

vendredi 27 septembre 2013

Les coups «fumants» de Stéphane Moreau

L'audacieux big boss de Tecteo va-t-il manger les Editions de L'Avenir à la sauce Virtualis? (Photo: Belga)


Minée par une perte de plus d’un million d’euros, Virtualis, une coentreprise média de Tecteo, est au bord du gouffre. Et avant l’été, l’intercommunale liégeoise a racheté, pour 3 millions, un «data center» affichant 4 millions de dettes. Des investissements «stratégiques» judicieux?

jeudi 19 septembre 2013

Michel Moll a touché 954.000 euros de Huawei

Michel Moll (3e) est très proche de Didier Bellens (2e), qui a bataillé ferme au sein du comité de direction de Belgacom pour choisir Huawei comme sous-traitant en novembre 2009. (Photo Belgacom)
EXCLUSIF. L’actuel président ad interim du conseil d’administration de Belgacom a touché 954.000 euros du géant chinois des télécoms Huawei entre 2010 et 2012.

mercredi 18 septembre 2013

Les nombreux conflits d’intérêts potentiels de Michel Moll

(c) Belgacom


Les partis politiques contrôlent-ils correctement les administrateurs qu’ils font nommer dans les entreprises publiques ? Etiqueté MR, Michel Moll, homme aux multiples mandats publics stratégiques, est en même temps consultant pour des clients privés via sa société 2MConcept. Le risque de conflit d’intérêts est bien réel.

samedi 31 août 2013

Fortis: des données accablantes pour les ex-dirigeants

Révélations sur les milliards investis dans les «subprimes»
Belga
EXCLUSIF. En gardant le silence, en avril 2007, sur l’exposition de Fortis Banque aux subprimes, le responsable de la division Merchant Bank, Filip Dierckx (photo), a permis l’achat d’ABN Amro par Fortis Holding. Or la banque était déjà exposée aux subprimes à hauteur d’au moins 8,5 milliards de dollars, selon des documents judiciaires américains. L’attentisme du responsable des risques à l’époque, Karel De Boeck, qui a attendu près de cinq mois avant d’organiser une réunion sur les subprimes, aurait lui coûté 3,4 milliards de dollars à la banque.

jeudi 18 juillet 2013

Philippe, président d’honneur d’une société qui a investi dans les paradis fiscaux


(c) BELGA
Déjà une casserole dans le CV du futur souverain...

On a dit du futur roi Philippe qu’il était sans doute l’un des princes héritiers les mieux préparés pour occuper la fonction royale. D’ailleurs, sur le site du palais, la lecture du CV du prince donnerait le vertige à n’importe qui. Cela, c'était pour le discours officiel... Mais dans n’importe quel CV, il peut y avoir quelques casseroles, légitimes ou non. On l’a dit et répété ces derniers jours, l’intérêt important que le prince a consacré ces vingt dernières années aux missions économiques. Certains n’hésitent pas non plus à critiquer cet intérêt trop marqué du futur souverain pour ce monde des affaires qu'il affectionne tout particulièrement. 

vendredi 12 juillet 2013

Intradel: Alain Mathot a-t-il touché des pots-de-vin?

Le White Lady of Man, un luxueux yacht loué en 2008 par Léon-François Deferm pour Alain Mathot, avec des fonds issus de commissions occultes présumées dans le dossier de l’incinérateur Uvelia inauguré en 2009 à Herstal.

Depuis son inculpation le 29 novembre 2011 pour corruption passive et blanchiment d’argent, la question est sur toutes les lèvres: Alain Mathot, député-bourgmestre socialiste de Seraing, a-t-il touché des pots-de-vin dans l’affaire Intradel-Uvelia? Dans un dossier exclusif de 15 pages à paraître ce samedi, Marianne dévoile de nouveaux éléments concernant l’une des plus grandes affaires de corruption jamais mise au jour en Belgique.

Avant son inauguration fin 2009, Uvelia, l’incinérateur de l’intercommunale Intradel à Herstal, a fait son tour de chauffe en recyclant des dessous-de-table payés par la firme française Inova pour s’assurer ce marché public de plus de 170 millions d’euros. Via trois filières de fausses factures, près de 13 millions auraient ainsi été soutirés des poches des contribuables wallons pour gonfler celles de quelques élus, consultants et hommes d’affaires. Deux personnes au moins sont en aveux: le corrupteur (Philippe Leroy, ancien patron d’Inova) et un des faux-facturiers (Alain Basilien, ex-échevin hennuyer socialiste). Cette méga-instruction, initiée en 2007 à Liège par une lettre anonyme, devrait être clôturée d’ici quelques semaines.

Alain Mathot jouit bien sûr de la présomption d’innocence. Inculpé ne veut pas dire coupable, loin de là. L’homme a toujours hurlé n’avoir commis aucun acte illégal. Quand l’ex-patron d’Inova a déclaré aux enquêteurs avoir remis au député-bourgmestre de Seraing quelque 722.000 euros dans des enveloppes, lors de discrets rendez-vous dans des hôtels et brasseries parisiens, Alain Mathot a déposé plainte pour calomnie et diffamation contre son accusateur. Reste que, selon nos informations, l’étau judiciaire semble lentement se resserrer autour du socialiste sérésien.

Le yacht et la panaméenne

En août 2008, Alain Mathot a passé un séjour d’une semaine à la Côte d’Azur sur le White Lady of Man, un luxueux yacht de 23 mètres. Il était accompagné par sa directrice de cabinet, un de ses échevins et l’épouse de celui-ci. L’enquête judiciaire a montré que le yacht avait été loué 32.000 euros par Cartwright Corp. Inc., une société panaméenne pilotée par l’homme d’affaires belge Léon-François Deferm, un ami de feu Guy Mathot. Or les enquêteurs liégeois ont découvert que 583.000 euros versés sur le compte de cette offshore proviennent d’Inova via une cascade de fausses factures présumées.

L’argent a d’abord été versé par Inova à la société TPS Techno Projets (Belgique), qui l’a ensuite reversé à Oekotec (Liechtenstein), qui l’a enfin transféré sur un compte personnel de Léon-François Deferm ouvert à la Banque de Luxembourg. Deferm a ainsi touché un million d’Oekotec pour des services de consultance soupçonnés être fictifs. De ce million, il retirera 935.627 euros en espèces lors de plusieurs opérations et en versera quelque 583.000 sur le compte de Cartwright ouvert au sein de la même banque.

Des contacts avec le corrupteur

Alors qu’il prétendait, lors de sa première audition, situer à peine le PDG d’Inova, Alain Mathot, confronté aux enquêteurs qui lui ont mis sous le nez ses relevés téléphoniques Proximus et Mobistar, fut contraint de reconnaître que, oui, il avait bel et bien parlé à l’homme d’affaires français à de nombreuses reprises. Entre le 1er juin 2006 et le 31 décembre 2008, les enquêteurs auraient recensé près d’une cinquantaine d’appels entre les deux hommes. Les 21, 22 et 23 mars 2007, par exemple, Leroy et Mathot se sont appelés pas moins de 12 fois.

Des allers-retours discrets à Paris

L’enquête pénale a en outre établi la présence d’Alain Mathot à de très nombreuses reprises dans des brasseries et hôtels parisiens. Soit le type de lieux où Leroy affirme avoir remis des enveloppes de cash au député-bourgmestre de Seraing. Les relevés de carte de crédit du mayeur socialiste révèlent par exemple qu’il était présent dans la capitale française le 6 mars 2007 à l’hôtel Baltimore, le 9 juillet 2007 dans un établissement du XXe arrondissement, le 5 novembre 2007 au Méridien Etoile… Justification de l’intéressé? «J’aime bien Paris.» Ces allers-retours fréquents dans la Ville lumière ne prouvent rien, bien sûr, mais tendent à confirmer la version de l’ex-patron d’Inova.

Des dépenses suspectes pour 200.000 euros

Enfin, les enquêteurs ont disséqué les dépenses d’Alain Mathot sur la période 2002-2010. Le bourgmestre de Seraing aurait réalisé des dépenses suspectes, en liquide, pour un montant qui avoisinerait 200.000 euros. Ce cash ne proviendrait pas de retraits bancaires réalisés à un guichet ou à des distributeurs de billets. Les 11 et 21 décembre 2007, Alain Mathot paie cash un total de 11.057 euros pour un voyage en Argentine, alors qu’il n’aurait retiré que 4.000 euros en liquide depuis le 2 octobre. Le 18 mai 2009, il dépense 13.752 euros cash pour un séjour en Thaïlande, du matériel audio-visuel et du mobilier. Or depuis le 10 mars, ses retraits d’argent liquide ne s’élèveraient qu’à 2.750 euros. Les enquêteurs pensent qu’il s’agit là de blanchiment d’une partie des commissions que lui aurait versées Philippe Leroy

Pour Alain Mathot, la justice veut «fabriquer un coupable»

Dans une réaction envoyée à Marianne, Alain Mathot s’en prend au travail et à l’indépendance de la justice: «La question n’est pas ici de chercher la vérité mais bien, en utilisant les médias, de fabriquer un coupable même s’il est innocent.» Et il continue de clamer haut et fort son innocence: «Pour votre information, sachez que pas un seul des éléments relevés par les enquêteurs et qui me concernait n’est resté sans une réponse justifiée et étayée. Sachez également que ces réponses prouvent que je n’ai pas posé un seul acte contraire à la légalité.»

David Leloup

Plus d'infos et de détails dans Marianne ce samedi en librairie

mardi 9 juillet 2013

Demelenne ventriloque du PS ?

© Belga
Le véritable auteur d’un document controversé de neuf pages sur le «pilier socialiste» signé par la secrétaire générale de la FGTB, Anne Demelenne, serait le directeur adjoint du Centre d’études du PS, Gilles Doutrelepont. C’est en tout cas ce qu’indiquent les propriétés du document. Les intéressés démentent.

C’est un micro-parti membre du Front des gauches, la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), qui a levé ce lièvre dans un article intitulé «Il faut sauver le soldat Di Rupo» publié dimanche sur son site internet: un texte signé Anne Demelenne aurait été rédigé par le directeur adjoint de l’Institut Emile Vandervelde, le Centre d’études du PS. Info ou intox? L’article de la LCR, nous dit-on, circule depuis lundi au sein de la rue Haute et alimente bien des conversations.

De quoi parle cet article? D’un texte de neuf pages sur l’«action commune socialiste», c’est-à-dire les synergies historiques entre le parti, le syndicat, la mutualité et les coopératives socialistes, permettant à tous ces acteurs, lorsque le contexte le permet, de défendre côte-à-côte la même stratégie politique. Ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui.

Ce texte, signé par Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, a été rédigé pour la campagne «Citoyens engagés» initiée par l’Institut Emile Vandervelde (IEV) et le PS, dans la foulée du Congrès qu’a tenu le parti socialiste à l’université libre de Bruxelles le 21 avril dernier. Cette «opération de réflexion», qui vise à mobiliser les troupes socialistes en vue des élections de juin 2014, se décline en 25 thématiques et plus de 120 questions. Pour chaque question, le PS a «demandé à des personnes ressources de rédiger un texte d’une dizaine de pages», explique le parti du boulevard de l’Empereur sur son site internet.

Or les propriétés du fichier PDF du texte signé par Anne Demelenne révèlent un tout autre auteur que la syndicaliste: Gilles Doutrelepont. Cet ancien délégué à la rénovation du PS (2005-2009), secrétaire général adjoint du PS (2008-2009), puis directeur de cabinet de la ministre de la Culture et de l’Audio-visuel Fadila Laanan (2009-2013), est depuis février 2013 le directeur adjoint de l’Institut Emile Vandervelde (IEV).



«Aucun texte retouché»

D’après son site internet, l’IEV «se consacre à la recherche concernant toutes les questions d’ordre économique, social, financier, administratif, politique, éthique et juridique qui se posent au Parti et à ses organisations. [...] [Il] est à la disposition du Président du PS, de son Bureau, des membres des groupes parlementaires socialistes.» Pas de la FGTB, qui se revendique indépendante du boulevard de l’Empereur.

Le PDF a été créé le 18 avril, trois jours avant le Congrès du PS. Ses propriétés indiquent qu’il a été confectionné à partir d’un fichier Word lui-même créé par Gilles Doutrelepont, ce qui pourrait suggérer que le directeur adjoint de l’IEV serait le véritable auteur du texte contenu dans le PDF.

Contacté par Marianne, Gilles Doutrelepont dément avoir tenu la plume d’Anne Demelenne: «Tous les contributeurs m’ont envoyé leur texte par email. On n’a touché à aucun point de fond dans aucun texte. Je pense que personne n’aurait apprécié ou toléré qu’on retouche son texte. On leur a envoyé une fiche-type qui contenait quatre cadres: contexte, enjeux, propositions concrètes, et synthèse. Tous n’ont pas respecté la structure. Nous avons donc dû remettre en pages certains fichiers pour les avoir dans un format harmonisé diffusable, puis nous les avons transformés en PDF à partir d’un ordinateur du PS.»

Pourtant, les propriétés du texte d’autres contributeurs ne renseignent pas Gilles Doutrelepont comme l’auteur de leurs contributions. Le texte du politologue de l’ULB Pascal Delwit, par exemple, mentionne «ULB» comme auteur. Les propriétés du texte de Marcel Crahay, pédagogue à l’université de Liège, indiquent «Marcel CRAHAY». Celles de la contribution de François le Hodey, administrateur délégué du groupe IPM (La Libre, La DH, etc.), renseignent «le Hodey François». Pourquoi donc les noms réels de ces auteurs ou de leur institution apparaissent-ils dans leurs PDF respectifs et pas le nom d’Anne Demelenne ou de la FGTB dans le sien? «Ça je n’en sais rien, je ne sais pas comment fonctionne Windows», botte en touche Gilles Doutrelepont, prétextant un problème lié au système d’exploitation de son ordinateur... Voilà pour la forme.

«Tout sonne faux»

Sur le fond, la LCR s’interroge: «Anne Demelenne a-t-elle vraiment écrit ce texte?» Car «tout dans ce texte sonne faux» et l’on «n’y sent pas une logique syndicale. […] Les seuls moments où l’on évoque les luttes [syndicales] c’est quand elles gênent le PS. […] Anne Demelenne lui trouve même des “circonstances atténuantes”: “Face aux autres membres de la majorité, le PS est assez isolé […] il ne peut endiguer totalement les revendications outrancières des autres partis (transferts de compétences, dégressivité des allocations de chômage, réforme des fins de carrière, flexibilité…).”»

La formation d’extrême-gauche relève aussi une «erreur grossière» dans le texte, qui situe la guerre civile espagnole (1936-1939) dans les années... cinquante. Et commente: «Le texte semble maladroitement repris, sans aucune vérification, du site de l’Institut liégeois d’histoire sociale», un centre d’archives privées créé avec le soutien notamment de la Fédération liégeoise du PS et de la Fédération des mutualités socialistes et syndicales (FMSS).

Quant à la conclusion d’Anne Demelenne, elle «laisse perplexe» le parti du Front des gauches. La secrétaire générale de la FGTB estime en effet qu’«un travail de reconstruction est à faire par rapport à la confiance [en le PS] perdue chez certains militants de la FGTB». La petite formation politique s’en étonne: «Anne Demelenne considère donc que sa tâche consiste à reconstruire la confiance perdue dans le PS?»

La secrétaire générale balaye ces critiques d’un revers de main: «C’est une personne du service d’études de la FGTB qui a rédigé ce texte, que j’ai personnellement finalisé. J’en assume totalement le contenu. Dire que l’IEV en est l’auteur est un mensonge éhonté.»

Depuis plusieurs mois, au sein de la FGTB, des rumeurs insistantes prêtent à Anne Demelenne l’intention de rendre son tablier lors du congrès de la FGTB d’octobre 2014, et de figurer en position éligible sur les listes électorales du PS lors des élections de juin 2014. Cet épisode «du PDF» ne va vraisemblablement pas les éteindre...

David Leloup

samedi 6 juillet 2013

Arnaud Lagardère placardise son «suicide médiatique»

«Allez, on chante, là!»: la maman de Jade Foret et belle-mère de «Nono» lui intime l’ordre d’entonner la Marseillaise lors d’un match au stade de France.
EXCLUSIF. L’homme d’affaires français Arnaud Lagardère a racheté, via sa filiale Lagardère Thématiques, les droits de diffusion en France du reportage «La belle, le milliardaire, et la discrète». Lors de sa première diffusion, en novembre 2012 sur la RTBF, ce long sujet intimiste a été qualifié de «suicide médiatique» pour l’homme d’affaires. Avec cet achat, Lagardère neutralise toute diffusion télé en France d’un reportage compromettant pour son image et celle de son empire médiatique.

Vous vous souvenez de «La belle, le milliardaire, et la discrète», ce reportage de Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) sur l’idylle d’Arnaud Lagardère avec le top-model belge Jade Foret? Ces 43 minutes de surréalisme narquois qui ont fait un gros buzz en novembre dernier, où la maman de la belle infantilise l’industriel français en le rebaptisant «Nono» et en se moquant gentiment de lui? Où l’on découvre que l’homme d’affaires de 52 ans, à la tête d’un groupe de 27.000 salariés, est un peu complexé par sa petite taille et s’est fait tatouer sur le tibia un cœur transpercé d’une dague avec le nom de son amoureuse de 30 ans sa cadette? Qu’il chante faux et ne connaît pas les paroles de la Marseillaise? Qu’il rate la cuisson de ses steaks hachés et, quand il prépare un feu de cheminée, Jade lui lance: «T’as de belles petites fesses… Elles sont qu’à moi.»

A l’époque, les commentateurs avaient parlé de prestation «ridicule», de «cas sans précédent dans toute l'histoire du patronat français», de «suicide médiatique» et de «coup de massue pour les actionnaires de Lagardère»… La perspective d’une diffusion de ce programme en prime-time dans l’Hexagone était donc à éliminer au plus vite pour «Nono». C’est désormais chose faite.

MCM et trois chaînes «jeunesse»

Marianne Belgique est en mesure de révéler que les droits de diffusion de la saison 2012 de Tout ça – 18 sujets dont cette petite bombe, regroupés en sept émissions – ont récemment été acquis, pour la France, par… Lagardère Thématiques, filiale du groupe éponyme. Au placard donc, le suicide médiatique de «Nono»! Car à moins que le milliardaire ne soit particulièrement masochiste ou veuille s’afficher comme le nouveau roi de l’autodérision, on a vraiment du mal à imaginer que «La belle, le milliardaire, et la discrète» soit un jour diffusé par l’une de ses chaînes de télévision. D’autant qu’elles n’ont pas vraiment le profil pour ce genre de programme: le groupe possède une chaîne musicale (MCM) et trois chaînes «jeunesse»: Gulli (familiale), Canal J (pour les 7-14 ans) et TiJi (moins de 7 ans)…

Comment s’est opérée cette «mise sous cloche» d’un reportage sapant l’image de ce grand patron du CAC40? Tout simplement. L’émission Tout ça est produite par la RTBF, mais c’est une de ses filiales, la Sonuma, qui a pour mandat de commercialiser les programmes et archives de la chaîne publique belge. En novembre 2012, un distributeur parisien, NeweN Distribution, frappe à la porte de la Sonuma pour acquérir les droits de distribution mondiaux de la saison 2012 de l’émission.

Un «sous-marin» de Lagardère?

«Ils nous ont fait une proposition intéressante, en fonctionnant avec une commission de vente et une rétribution de la Sonuma sur le reste, avec un minimum garanti – c’est-à-dire une avance sur les recettes – très important par rapport à ce que nous aurions pu toucher si on avait commercialisé nous même la saison, se souvient François-Xavier Schlesser, responsable commercial à la Sonuma. Pour ce type d’épisodes d’une durée d’une heure, ils nous ont offert des montants qui correspondent plusieurs fois au coût de la valeur d’une diffusion sur la RTBF, ou sur un territoire comme la Belgique. C’était un très beau chiffre. Chaque épisode a été valorisé», poursuit le commercial, qui se refuse à nous communiquer le montant de la transaction.

Sur la toile, le buzz avait démarré dès le 6 novembre, une semaine avant la diffusion du sujet sur la RTBF. Selon nos informations, le deal entre NeweN et la Sonuma a été signé le 13 novembre 2012, la veille de la diffusion. Cette coïncidence de dates est-elle le signe que NeweN agissait en «sous-marin» pour Lagardère? Rien ne l’indique, et NeweN dément ce scénario: «Une fois que nous avons acquis les droits de distribution pour le monde entier, nous l’avons fait savoir à nos clients», explique Laetitia Recayte, directrice générale de NeweN. Tous ses clients ont été informés en même temps de cette opportunité d’achat, affirme-t-elle.

Vendu au plus offrant

Invoquant le secret commercial, Laetitia Recayte refuse de confirmer avoir vendu ces droits de diffusion au groupe Lagardère: «On ne se bousculait pas au portillon pour acquérir ces droits. Je peux juste vous dire que nous les avons vendus au plus offrant.» Une offre de France 3, partenaire historique de la RTBF pour la production et la diffusion de l’émission Strip-Tease (l’ancêtre de Tout ça), aurait été supplantée largement par l’offre de Lagardère.

NeweN aurait assuré la Sonuma que le programme a été acheté pour être diffusé. Mais en réalité, aucune garantie contractuelle n’existe sur ce plan, ce que la Sonuma confirme: «Malheureusement non. Mais j’espère que la série sera diffusée, et que NeweN a pris toutes les précautions pour s’en assurer», commente François-Xavier Schlesser, qui envisage à l’avenir d’ajouter une clause dans les contrats afin qu’en cas de non-diffusion d’un programme vendu, les auteurs soient rétribués par le distributeur pour compenser la perte financière liée à cette non-diffusion.

Aucune garantie de diffusion selon le contrat

Car la RTBF, qui a produit et réalisé la série, est également rétribuée (plus modestement) lors de chaque diffusion d’un programme vendu, rappelle-t-on à la Sonuma: «N’oubliez pas que ceux qui produisent des programmes touchent des droits lors de la vente des droits de diffusion, mais aussi lors de la diffusion même, au travers des filières droits d’auteur et autres. Pour un auteur, un producteur, la vente des droits n’est pas une fin en soi. L’objectif est que le programme soit vu.» Notamment pour que le robinet à euros coule une seconde fois.

Bref, une mise au placard par Lagardère de la saison 2012 de Tout ça serait synonyme de pertes de rentrées pour la RTBF et les réalisateurs des 18 reportages concernés. Laetitia Recayte confirme en effet que lorsque NeweN vend des droits de diffusion, cela n’implique «aucune garantie de diffusion». Le distributeur vend au plus offrant pour son client. Point.

Placard à durée indéterminée

Reste une question: combien de temps le reportage «La belle, le milliardaire, et la discrète» va-t-il rester bloqué dans un tiroir chez Lagardère? La durée d’exploitation des droits de diffusion d’un programme peut varier «de quelques semaines à quelques années», répond Laetitia Recayte en théorie. Et à expiration des droits, rien n’empêcherait Lagardère de les acheter à nouveau pour maintenir le verrou sur une diffusion hexagonale.

Sur la toile, le sujet n’est pas disponible sur Dailymotion, la plateforme française de partage de vidéos, mais bien sur YouTube. Où il n’a été vu que 6.500 fois. Bien moins que les centaines de milliers voire les millions de vues auxquelles il pourrait prétendre en cas de diffusion télé en prime-time en France.

Contacté, le groupe Lagardère n’a pas donné suite à nos questions.

David Leloup


Précision (07/07/2013 @ 12:04) :

François-Xavier Schlesser, responsable commercial à la Sonuma, tient à préciser qu’il a intégré la Sonuma en janvier 2013, donc deux mois après la vente des droits de l’émission Tout ça au distributeur NeweN. Il ajoute: «A l’avenir, nous distribuerons nous-mêmes nos programmes sans passer par un intermédiaire. Et je peux vous assurer que jamais nous n’aurions vendu les droits de “La belle, le milliardaire et la discrète” à Lagardère.»



vendredi 28 juin 2013

Assurances vie «branche 23» : la nouvelle arnaque financière

Illustra / Max Rosereau
Les assurances vie de la branche 23, un placement sans risque? Rien n’est moins sûr! Trois compagnies d’assurance viennent d’être assignées en justice pour avoir commercialisé des produits qui ne valent plus rien aujourd’hui. Et le régulateur belge d’être resté les bras croisés, tandis que de petits épargnants se faisaient gruger. Exclusif.

Assurance vie… Voilà un nom qui, dans la bouche de votre courtier, rime avec «sécurité», «tranquillité» et «retraite dorée». Imaginez: vous payez une prime à un assureur, voire, ensuite, plusieurs autres primes à intervalles réguliers et, au terme d’un certain délai (ou de votre décès si vous souhaitez qu’une autre personne touche l’assurance), l’argent revient gonflé d’un joli bonus.

Le principe? Vos économies sont placées dans un fonds interne d’une compagnie d’assurance, soit un «pot» qui regroupe différents types d’investissement: actions, obligations, placements immobiliers, etc. Contrairement aux produits de la branche 21, le rendement d’une assurance vie «branche 23» n’est pas garanti. Quant au capital, certains contrats le garantissent, d’autre pas.

Malgré tout, votre courtier saura vous convaincre qu’il s’agit d’un placement sans risque et, surtout, nettement plus lucratif qu’une assurance vie «branche 21». C’est qu’il y croit, à son «produit miracle», ce jeune homme tiré à quatre épingles, mais pas forcément bien informé. Preuve ultime qu’il s’agit d’un placement de bon père de famille? Même le législateur vous encourage, d’une certaine manière, à placer votre épargne dans une assurance vie «branche 23», puisqu’il vous exonère du précompte mobilier.

Alors, elle n’est pas belle, la vie? Allez donc dire cela aux centaines d’épargnants qui ont contracté une assurance vie «branche 23» auprès des compagnies Private Insurer, Quantum et Irish Life. Depuis 2010, ils n’ont plus aucune information sur le rendement de leur argent et se trouvent même dans l’impossibilité de le récupérer. Raison pour laquelle 184 d’entre eux ont demandé au cabinet Wtt Law Firm d’assigner les trois assureurs devant le tribunal de première instance de Bruxelles. Mais pour mieux comprendre ce nouveau scandale financier, il nous faut opérer un petit retour en arrière.

(...)

Candice Vanhecke

La suite ce samedi dans Marianne Belgique !

lundi 27 mai 2013

Un rapport de la CTIF assassine la défense du prince de Croÿ

Le prince Henri de Croÿ-Solre - Belga
EXCLUSIF - Un rapport de la Cellule de traitement des infractions financières, que Marianne s’est procuré, fait des dégâts au procès du prince Henri de Croÿ-Solre. Cette importante affaire, qui se joue actuellement devant la cour d’appel de Bruxelles, s’inscrit dans le dossier des cash companies (sociétés de liquidités), l’une des plus grandes fraudes fiscales présumées de ces dernières décennies.

«Cela signifie pour nous qu’indépendamment de savoir si les fonds prêtés existent ou n’existent pas, si la banque avait ou non la surface financière pour prendre le risque d’accorder ce prêt, il peut être raisonnablement déduit des explications de l’expert Ellis que la motivation de l’opération n’est pas à la base l’obtention d’un prêt mais bien d’utiliser spécifiquement ce mécanisme avec toutes les caractéristiques juridiques propres à une place offshore et au système de Common Law, pour obtenir par le recours à cette construction un avantage fiscal.» Telle est la conclusion, sans appel, de la CTIF (Cellule de traitement des infractions financières), appelée à se pencher sur les rapports d’experts, dont Stephen Ellis, déposés par le prince Henri de Croÿ-Solre, pour mieux assurer sa défense devant la cour d’appel de Bruxelles.

Ce rapport de la CTIF, signé par son patron Jean-Claude Delepière, pourrait in fine s’avérer être une pièce centrale du dossier, à charge du prince de Croÿ et de ses ex-associés. Il est une fois de plus question d’une colossale machine de guerre installée par des financiers de haut vol, afin de mettre au point un système d’évasion fiscale, d’une technicité particulièrement redoutable. L’affaire de la KB Lux, c’est du pudding à côté! Telle est du moins la certitude du parquet et du ministère des Finances, en la personne de son avocate, Me Martine Bourmanne.  

Les Caïmans à la lunette

Et, une fois de plus, il est question de montages financiers via des paradis fiscaux – Luxembourg, îles Caïmans, île de Man – pour échapper à la pression fiscale sur les entreprises en Belgique. En l’occurrence, le dossier de Croÿ fait apparaître un montage avec les îles Caïmans comme base de repli, où se trouve l’Arab Commerce Bank, à l’origine de prêts importants présumés fictifs accordés à des sociétés belges. But de la manœuvre: que lesdites sociétés déduisent de leur base imposable les intérêts liés à ces prêts faramineux, afin de ne pas payer d’impôt.

Le principal prévenu avait été condamné à 3 ans avec sursis par le tribunal correctionnel de Bruxelles, en juin 2012. Or, voici que devant la cour d’appel, ses avocates, Mes Michèle Hirsch et Nathalie Kumps, ont déposé des rapports d’experts qui, après avoir examiné des pièces du dossier, concluent à la légalité des opérations en chaîne de l’équipe de Croÿ.  

«Bien vu!», s’est dit le procureur général, Patrick Carolus, qui a soumis ces rapports d’experts à la CTIF et à d’autres sommités en vue d’obtenir un avis contradictoire. Nous vous avons livré en exclusivité la conclusion de la CTIF. Précisons que celle-ci s’inquiète du fait que des données défavorables au prévenu sont passées à la trappe dans les rapports des experts. Et la CTIF de citer notamment ce qu’écrit un bureau d’experts sollicité pas la défense: « A la demande du client, il n’a pas été tenu compte des mentions ou informations relatives à des litiges fiscaux impliquant le sujet en Europe.»

Mercredi passé, le procureur général et Me Martine Bourmanne sollicitaient l’audition publique du patron de la CTIF, Jean-Claude Delepière, mais la cour s’y est opposée. L’avocate de l’Etat belge a donc demandé la récusation de la présidente Isabelle de Saedeleer, estimant qu’elle avait déjà manifesté sèchement son opinion verbalement, avant de se retirer pour délibérer et de décider de rejeter officiellement l’audition du témoin de l’accusation. Par conséquent, le procès a été interrompu lundi matin.  

Jean-Pierre De Staercke (avec David Leloup)


Télécharger le rapport de la CTIF du 21 mai 2013 (MàJ 28/5/2013) :

 

samedi 20 avril 2013

Triodos aussi transite par les paradis fiscaux


EXCLUSIF - Pour financer certains projets, Triodos a créé des structures offshore au Luxembourg et au Panama. La banque citoyenne a aussi investi 8,4 millions d’euros dans six fonds domiciliés aux îles Caïmans, au Delaware et à Maurice. Des placements éthiques et durables, vraiment?


Pour les uns, ce sera un choc. Pour les autres, une demi-surprise. On ne peut certes pas mettre Triodos dans le même panier que la Deutsche Bank (974 entités offshore), BNP Paribas (283), KBC (163), ING (27) ou Belfius (16), dont la «culture offshore» est bien plus ancrée. N’empêche, pour une banque qui calibre depuis des années sa communication en surfant sur l’éthique et le «durable», cela fait mauvais genre...

Depuis 2002, plus ou moins discrètement, la petite banque batave a recours, elle aussi, aux paradis fiscaux pour réaliser certains investissements. Marianne a identifié 13 fonds ou sociétés offshore enregistrés au Luxembourg, au Panama, au Delaware, aux îles Caïmans ou à Maurice, pilotés en tout ou en partie par Triodos, quand la banque n’y investit pas elle-même du capital (voir liste ci-dessous).

Sulfureux, ces territoires? Le Grand-Duché, les îles Caïmans et le Panama ont été épinglés en 2009 par l’OCDE sur sa liste grise des paradis fiscaux non-coopératifs – une liste aujourd’hui quasi vide... Outre qu'elles sont très prisées par les grandes fortunes mondiales pour leurs trusts, qui facilitent la fraude fiscale, les îles Caïmans constituent aussi un terrain de choix pour la criminalité financière et les coups tordus: il y a quelques années, un banquier suisse y a été mystérieusement retrouvé calciné dans son 4x4. L’île Maurice? Qualifiée de «trou noir de la finance» par le juge français Renaud Van Ruymbeke en 2009, car «Maurice protège les titulaires de comptes bancaires et assure leur anonymat, même face à des investigations judiciaires». Idem au Delaware, paradis fiscal et terre d'opacité financière au cœur même des Etats-Unis, où Viktor Bout, le trafiquant d’armes russe surnommé le «marchand de mort» utilisait deux boites aux lettres anonymes pour ses trafics...

Au Luxembourg, qui a toujours bloqué toute initiative européenne d'échange automatique d'informations fiscales (avant d'annoncer un assouplissement il y a dix jours), Triodos a créé pas moins de six fonds d’investissement «durables» logés au sein de deux sociétés d’investissement à capital variable (sicav). Le Triodos Sustainable Bond Fund, par exemple, spécule sur le géant de l’intérim Adecco, le constructeur BMW, une usine grecque d’embouteillage de Coca-Cola, ou encore l’alcoolier Diageo (Johnnie Walker, Smirnoff, J&B...). Ces fonds grand-ducaux ont en tout cas le vent en poupe: il y a quelques semaines, le Triodos Sustainable Pioneer Fund s’est vu décerner le prix La Libre Belgique-De Standaard du meilleur fonds d’investissement socialement responsable, et le Triodos Sustainable Mixed Fund celui du meilleur fonds «mixte modéré euro» attribué par la société Morningstar.

Investissement calamiteux

Au Panama, les choses sont plus troubles. Via son fonds Hivos-Triodos spécialisé dans le financement du microcrédit dans les pays en développement, Triodos a créé, avec d’autres, Banex International Capital Corp (BICC) en novembre 2008. Détenue à 12,1% par la banque éthique, cette coquille offshore a été créée pour détenir les titres de la banque Banex au Nicaragua. Objectif: étendre, via ce QG panaméen, les activités de cette banque à d’autres pays d’Amérique centrale, dont le Honduras. Le choix du Panama? Dicté par la «situation politique volatile du Nicaragua en 2008», selon Gera van Wijk, porte-parole de Triodos aux Pays-Bas...

Cet investissement s’est en tout cas révélé calamiteux: le gendarme bancaire du Nicaragua a sifflé la fin de la récré à l’été 2010 et a définitivement liquidé Banex en août 2012. «Banex a été en mesure de rembourser intégralement les dépôts de ses épargnants locaux», précise toutefois Gera van Wijk. Qui ajoute que ProÉxito, autre institution contrôlée depuis le Panama par BICC, «a également arrêté ses opérations, son portefeuille de prêts ayant été repris par une autre institution financière au Honduras». Quant à BICC, elle a été officiellement dissoute le 24 mars dernier.

A Maurice, au Delaware et aux îles Caïmans, c’est un peu différent. Là-bas, Triodos ne gère pas personnellement des fonds offshore, mais y place du capital. Six fonds en profitent. «Triodos détient une participation minoritaire dans tous ces fonds et n’est souvent même pas représentée au conseil d’administration, précise la porte-parole de la banque. Au total, la banque a investi 8,4 millions d’euros dans ces six fonds offshore.»

Que font ces structures? L’EcoEnterprises Fund II investit, depuis le Delaware, dans des PME en Amérique Latine «qui visent à sauvegarder la biodiversité». Le BRAC Africa Loan Fund, domicilié aux îles Caïmans, investit dans des institutions de microfinance en Afrique de l’Est. L’India Financial Inclusion Fund fait pareil en Inde. Pourquoi est-il enregistré à l’île Maurice plutôt qu’à Mumbai ou Calcutta? «A cause de restrictions dans la législation indienne relative à ce type de fonds, répond Gera van Wijk. En Inde, il faut qu’au moins 25 % du capital d’un fonds provienne d’investisseurs indiens. Un critère difficile à respecter. A Maurice, où le secteur des services financiers est très développé, ce quota n’existe pas.»

Aux Pays-Bas, siège central de Triodos, non plus. Même si ces activités offshore ne représentent qu'une petite fraction des investissements de Triodos, en recourant à ces territoires opaques et criminogènes, la banque éthique ne leur donne-t-elle pas de la légitimité? En y payant des taxes gouvernementales et en rémunérant des intermédiaires locaux qui y administrent les fonds, ne les renforce-t-elle pas économiquement?

David Leloup


Les 13 structures offshore gérées ou investies par Triodos

Îles Caïmans
BRAC Africa Loan Fund (2009)

Delaware
MFX Solutions LLC (2009)
EcoEnterprises Fund II (2012)

Maurice
Africap Microfinance Investment Company (2002)
India Financial Inclusion Fund (2008)
Leapfrog Financial Inclusion Fund (2008)

Luxembourg
Triodos Renewables Europe Fund (2006)
Triodos Sustainable Bond Fund (2007)
Triodos Sustainable Equity Fund (2007)
Triodos Microfinance Fund (2009)
Triodos Sustainable Mixed Fund (2010)
Triodos Sustainable Pioneer Fund (2010)

Panama
Banex International Capital Corp (2008-2013)



De nouvelles informations nous étant parvenues après le bouclage du magazine, une version plus courte de cette enquête (mentionnant 10 structures offshore au lieu de 13) est publiée dans Marianne ce samedi en kiosque et en version électronique sur GoPress.be.

vendredi 12 avril 2013

L’offshore secrète des van Zeeland à Panama

 
EXCLUSIF - L’ex-Premier ministre Paul van Zeeland a été actionnaire d’une société offshore créée en 1946 au Panama. Sa petite-fille Catherine, membre du cabinet de Joëlle Milquet, est administratrice de cette coquille depuis 2005. Elle affirme n’en avoir tiré aucun profit. Un compte chez ING au Luxembourg a été régularisé en 2010, mais l’offshore est toujours en vie aujourd’hui.

C’est l’histoire d’un secret de famille bien gardé. Qui n’a même jamais suinté. L’histoire d’une fraude fiscale silencieuse, aux accents claniques, qui apparaît s’être étalée sur plus de 60 ans. Au cœur de l’intrigue, une société offshore créée en 1946 par un ancien Premier ministre. Légué dans la plus grande discrétion à ses enfants, cet encombrant « cadeau » explose aujourd’hui à la figure de sa petite-fille, une proche de la vice-Première Joëlle Milquet. Et au visage de la Belgique tout entière.

Dans le rôle – involontaire – du schtroumpf farceur, un monument de la politique belge : Paul van Zeeland. Premier ministre (1935-1937), ministre des Affaires étrangères (1949-1954), sénateur catholique et bourreau électoral du rexiste Léon Degrelle (lors d’une élection législative partielle en 1937), Paul van Zeeland participera entre autres à la création de l’OTAN, de l’OCDE et de la CECA. Un homme d’Etat.

Celle qui encaisse la déflagration, c’est Catherine van Zeeland. Elle s’est lancée en politique sur les traces de son illustre grand-père lors des élections communales de 2000 à Forest. Elue échevine PSC des travaux publics et de l’urbanisme, elle se représentera sur les listes en 2006 (communales), 2009 (régionales), 2010 (fédérales) et 2012 (communales). Conseillère communale cdH à Forest, elle est surtout proche de la vice-Première ministre et ministre de l’Intérieur et de l’Egalité des chances, Joëlle Milquet, dont elle est membre du cabinet depuis cinq ans au sein de la cellule stratégique Egalité des chances.

Flashback. Le 17 septembre 1946, la Compañia de Servicios y Consejos S.A. (en français : Compagnie de services et de conseils) est portée sur les fonts baptismaux au Panama, un paradis bancaire et fiscal. Des documents du Registre des sociétés panaméen, que Marianne s’est procurés, permettent de brosser un portrait épuré, mais néanmoins édifiant, de cette offshore qui traversera imperturbablement la seconde moitié du 20e siècle.

 (...)

Une enquête (5 pages) à lire dans Marianne ce samedi en kiosque, ou en version électronique sur GoPress.be.

 

samedi 6 avril 2013

Armes, pétrole, banque pourrie : le sulfureux client milliardaire de Marc Verwilghen


EXCLUSIF. Avant de quitter le Sénat en 2010, Marc Verwilghen a discrètement rejoint le conseil d’administration de la General Mediterranean Holding, société luxembourgeoise qui détient les clés de l'empire financier de l'homme d'affaires d'origine irakienne Nadhmi Auchi. Ancien intermédiaire dans des ventes d’armes et de pétrole, ce sulfureux milliardaire a été condamné en 2003 en France à 15 mois de prison avec sursis et 2 millions d'euros d'amende pour «abus de biens sociaux» et «recel» dans l’affaire Elf. Une condamnation confirmée en appel (2005) et en cassation (2007). Entre 1982 et 1994, la General Mediterranean Holding détenait 40% de la Banque Continentale du Luxembourg, laquelle a abrité les comptes de dictateurs notoires (Mobutu, Kadhafi, Saddam Hussein, Bokassa, etc.) et des comptes qui ont financé la tristement célèbre Radio Mille Collines, qui a joué un rôle clé dans le génocide rwandais...

Une enquête (5 pages) à lire dans Marianne, ce samedi en kiosque ou en version électronique sur GoPress.be.

 

vendredi 22 mars 2013

RTBF : la révolte des pigistes

(c) Cyrus Pâques
Ils ont entre 25 et 55 ans, sont journalistes, caméramans ou techniciens audiovisuels. Depuis des années, ils nous informent via les journaux et magazines de la RTBF. Aujourd'hui, dans une carte blanche publiée sur notre site, ils dénoncent leur «précarité organisée» au coeur même du service public. Leurs droits sociaux et la qualité de l'information sont en jeu, préviennent-ils. La direction de la RTBF pourra-t-elle encore ignorer longtemps les revendications de ces «forçats de l'info»? Voici l'appel des «pigistes à durée indéterminée» à la direction de la RTBF. 


«Dans une interview au sujet du contrat de gestion 2013-2017 (Journalistes n°144, janvier 2013), Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information à la RTBF, répondait par ces mots à la question de savoir si la RTBF faisait un appel croissant aux pigistes: «Ce n'est pas une volonté structurelle mais comme le cadre est très juste, dès qu'une personne est absente, on doit recourir à des pigistes...»

En tant que pigistes à la RTBF, nous souhaitons réagir à cette affirmation. Oui, la RTBF recourt à du personnel sous statut précaire: un recours d’ailleurs tellement fréquent et constant qu'il reflète bien, sans aucun doute, une volonté structurelle.


En décembre dernier, le site RTBF 89 publiait le témoignage anonyme d’un pigiste de la RTBF. Ce texte accuse la politique des ressources humaines du service public. Une politique qui causerait de «nombreuses souffrances» au sein du personnel et cantonnerait les journalistes «au statut de pigiste longue durée».


Cette lettre relate une réalité que chaque membre du collectif signataire du présent texte vit depuis souvent plusieurs années. Des contrats RTBF à la journée, soigneusement entrecoupés de contrats passés via une agence d'interim (ayant un bureau au sein-même de l'entreprise publique). Objectif: éviter que cette succession de petits contrats n'ouvre un quelconque droit à un contrat à durée indéterminée...

Le système est bien organisé, et pour cause: loin d'être de petits remplacements occasionnels, ces piges sont nombreuses et occupent souvent la plus grosse partie de l'emploi du temps de ceux qui les prestent.

Ce statut de «pigiste à durée indéterminée» comporte d'autres désavantages que le simple fait de ne pas offrir de stabilité d'emploi, de ne pas donner droit aux mêmes remboursements de frais que nos collègues engagés, ou d'être une porte ouverte à des retards intempestifs de paiements de primes et notes de frais. Il rend les pigistes vulnérables en ne leur permettant pas de s'exprimer librement, et en les mettant en concurrence les uns avec les autres. « Si tu n'es pas content, tu peux aller voir ailleurs.»

Ce statut crée aussi deux catégories de travailleurs: ceux qui ont droit à des jours de récupération et ceux qui n’y ont pas droit, et ce pour un même poste de travail. Diviser pour régner semble d'ailleurs être la seule politique des ressources humaines appliquée à l'ensemble du personnel de la RTBF, qu'il soit pigiste, contractuel, ou statutaire.

Nous ne savons pas combien nous sommes de pigistes au sein de la RTBF. Certains d'entre nous  travaillent depuis si longtemps sous ce statut qu’aucun de nos collègues ne s’imaginent que c’est sans un contrat digne de ce nom. La direction générale des Ressources humaines refuse la transparence et refuse de communiquer le cadastre des pigistes, notamment aux organisations syndicales. Les contrats «pigistes» à la RTBF, ce sont une trentaine de journalistes «info» mais aussi des dizaines et des dizaines de travailleurs précarisés dans l’ensemble des métiers: cameramen, preneurs de son, scriptes, cantinières, régisseurs, etc...

Le défaut ou l'absence d'un management humain ambitieux se marque aussi, comme l'exprimait la «bouteille à la mer» de notre confrère, au sein du personnel à durée indéterminée. De petites faveurs sont attribuées ici et là, et génèrent des rancœurs et frustrations. Le manque de transparence financière (notamment pour la réalisation de certaines émissions), le recours à l'externalisation (intéressée?) de certains postes ou l’arrivée massive d’experts en tous genres aux côtés d’une direction déjà bien fournie instaurent une ambiance délétère où programmes, productions, travailleurs, tout n'est que concurrence.

On n'arrive pas par hasard à la RTBF. C'est souvent un rêve, une certaine idée du métier, le souvenir de grandes figures de la télé, de grandes voix de la radio et d'émissions mythiques qui amènent à pousser la porte de «la maison»... C'est pour la plupart l'amour d'un métier et la conscience de l'importance des missions de service public. La volonté de participer, de contribuer à une information de qualité qui fait, notamment la fierté et la réputation de l’entreprise.

Que nous choisissions de partir un jour, ou de rester coûte que coûte, nous voulons en tout cas espérer que la direction et le Conseil d'administration de la RTBF pourront tenir compte du malaise dénoncé dans ces lignes. Cela pourrait passer par rendre public le cadastre des pigistes employés par la maison: «les petites mains». Ce geste aurait au moins déjà un mérite: celui d'offrir un peu de reconnaissance à ces travailleurs de l'ombre. Mais surtout, nous demandons la fin des manipulations et des jongleries en matière de législation sociale. L’engagement de pigistes de manière structurelle pendant de longues années n’est plus acceptable.

Espérons également que cet appel puisse être l'ébauche d'une nouvelle technique de management, plus responsable, plus durable.
»

Un collectif de pigistes (dés-)amoureux de la RTBF

Découvrez dès ce samedi 23 mars dans le nouveau numéro de Marianne notre dossier sur la révolte des pigistes à la RTBF, mais aussi dans d'autres médias. Un dossier réalisé par David Leloup en collaboration avec Pierre Jassogne.

jeudi 28 février 2013

Pour Caterpillar, les intérêts notionnels représentent une «prime» de 15.000 euros par travailleur licencié

(c) Belga

Ces cinq dernières années, Caterpillar Belgium S.A. et sa société-sœur Caterpillar Group Services S.A. ont déduit, ensemble, plus de 70 millions d’euros d’intérêts notionnels de leurs bénéfices imposables, évitant ainsi légalement de payer 23,9 millions d’euros d’impôts nets à l’Etat belge. Ce matin, la multinationale américaine spécialisée dans les engins de génie civil établie à Gosselies, au nord de Charleroi, annonçait qu'elle allait se séparer de près de 1.600 personnes: 1.100 ouvriers, 300 employés et cadres, et 190 contrats à durée déterminée.
Les esprits mal tournés auront vite fait le calcul: le cadeau fiscal des intérêts notionnels, mesure non conditionnée à l’emploi, correspond en quelque sorte à une «prime», offerte par le gouvernement à Caterpillar, de plus de 15.000 euros nets par travailleur licencié...
D.L.



Un arrondissement judiciaire bicéphale, à Mons et Charleroi : voilà le compromis que les ministres hennuyers vont défendre



(c) Belga

Les Carolos avaient craint d’être lésés au profit de Mons par le redécoupage de la carte judiciaire piloté par la ministre de la Justice Annemie Turtelboom. Un compromis hennuyer a été trouvé : comme toutes les autres provinces, le Hainaut ne comptera qu’un seul arrondissement judiciaire. Mais celui-ci aura deux sièges, à Charleroi et à Mons.

Ce vendredi, le conseil des ministres, en kern, discutera de la réforme des arrondissements judiciaires que compte boucler la ministre Turtelboom. L’idée de départ est claire : ne garder qu’un arrondissement par province, un à Bruxelles, et un pour la communauté germanophone, soit douze pour le pays. Dans le Hainaut, le plus gros arrondissement, celui de Charleroi, s’en trouverait lésé au profit de Mons, siège de la cour d’appel, chef-lieu de la province… et cité d’élection du Premier ministre.

Au Pays Noir, tous, avocats, magistrats debout et assis, et hommes politiques, s’étaient dressés pour s’opposer à la proposition, réécrite à plusieurs reprises. Il faut dire que l’arrondissement carolorégien est bien plus peuplé que ceux de Mons et Tournai, que son barreau est plus fourni,… et qu’il envoie bien plus de justiciables à la cour d’appel montoise.

Le MR, à l’invitation du ministre carolo Olivier Chastel, avait même réclamé que le siège unique de l’arrondissement hennuyer soit implanté dans la plus grande métropole wallonne. Les socialistes carolos, Magnette en tête, en avaient été pour le coup embarrassés : la revendication réformatrice (et carolorégienne), pour légitime qu’elle soit, était difficilement défendable devant le bourgmestre de Mons…

N’empêche, après des mois de discussions, les Hennuyers, premier ministre compris, se sont mis d’accord pour défendre un compromis : le Hainaut ne compterait plus qu’un seul arrondissement judiciaire, avec un seul président pour chaque tribunal (correctionnel, du travail et du commerce), mais, nuance importante, avec deux sièges.

Concrètement donc, le président aura deux bureaux, pour une seule adresse. Et le barreau de Charleroi restera affecté à son siège historique. Pour le justiciable, rien ne changera. Rien n’aurait changé, quand bien même les Carolos auraient perdu leur siège : les lieux d’audience resteront en place à Tournai, à Mons comme à Charleroi. Mais Charleroi valait bien un combat. Même symbolique. Il faut maintenant que la ministre ne se montre pas étanche aux spécificités hennuyères.

Nicolas De Decker